Wheeling-Charleston, vendredi 1er mai – C’est une nomination qui résonne comme un symbole fort, à des milliers de kilomètres du Vatican. Ce vendredi, le pape Léon XIV a choisi de nommer Mgr Evelio Menjivar-Ayala, 56 ans, à la tête du diocèse de Wheeling-Charleston, en Virginie-Occidentale. Si le parcours de ce prélat est déjà exceptionnel – ancien migrant sans papiers arrivé clandestinement aux États-Unis –, le timing et le contexte politique de l’annonce interrogent. Faut-il y voir une réponse directe aux outrances de Donald Trump ?
Un sacre à la frontière de l’histoire
L’homme, jusqu’ici évêque auxiliaire à Washington, incarne un chemin de vie hors norme. Né au Salvador en pleine guerre civile, Evelio Menjivar-Ayala grandit dans une extrême pauvreté. En 1990, à 22 ans, il tente l’aventure américaine. Son récit, glaçant, il l’a livré lui-même : arrêté par la police mexicaine, rançonné puis relâché, il finit par traverser la frontière à Tijuana, sans papiers, pour rejoindre une communauté salvadorienne en Californie. « Je suis venu pour travailler, pas pour voler », répète-t-il souvent. Il ne régularise sa situation qu’après plusieurs années, avant d’entrer au séminaire et d’être ordonné prêtre en 2004.
Aujourd’hui, sa mitre d’évêque coiffe un homme dont l’histoire bouscule les récits dominants. La Virginie-Occidentale, État rural et pauvre du « Rust Belt », a massivement voté pour Donald Trump en 2024. Un terreau conservateur où le Message évangélique côtoie parfois la défiance envers l’immigration.
Un « tacle » pontifical à 1600 kilomètres de Washington ?
Difficile d’ignorer l’arrière-plan politique. Depuis son élection, le pape Léon XIV a multiplié les passes d’armes avec l’ancien président. Il y a trois semaines, Donald Trump qualifiait le souverain pontife de « faible » après que ce dernier a jugé « inacceptable » la menace de détruire l’Iran. Quelques jours plus tard, Léon XIV dénonçait une politique migratoire américaine « extrêmement irrespectueuse », appelant à « traiter les gens avec humanité ».
Nommer un ancien sans-papiers – expérience que Trump assimile à une entrée illégale criminelle – dans un diocèse clé du pays relève-t-il d’un calcul ? Les spécialistes du Vatican y voient plutôt une cohérence pastorale. « Léon XIV ne cherche pas nécessairement le duel, mais il ne recule devant aucun symbole, explique le père James Martin, proche du Vatican. Il envoie un message clair à l’Église américaine : ne jamais oublier que la foi se construit aussi à la périphérie, avec les exclus. »
La réaction américaine : entre scepticisme et espoir
À Wheeling-Charleston, l’accueil est prudent. « Nous respectons la décision du Saint-Père, mais beaucoup de fidèles sont troublés. Un évêque qui a violé les lois sur l’immigration, c’est déroutant », glisse un paroissien interrogé par nos soins. D’autres, au contraire, y voient un vent de renouveau. « Enfin quelqu’un qui connaît la vraie misère ! », s’enthousiasme Maria Santos, militante catholique latino.
Donald Trump n’a pas encore réagi officiellement. Mais sur ses réseaux, certains de ses soutiens dénoncent déjà une « provocation de l’élite mondialiste ». Quel que soit le silence affiché, le message papal est limpide. En hissant Evelio Menjivar-Ayala sur le siège épiscopal de Virginie-Occidentale, Léon XIV dit à l’Amérique de Trump : votre adversaire d’hier peut être votre berger aujourd’hui. La politique migratoire n’est pas qu’une affaire de murs. Elle est aussi, pour le pape, une affaire d’évêques.
Emmanuel Ekouli
