Yaoundé, Cameroun – Pendant quinze jours, les habitants des quartiers sensibles de la périphérie yaoundéenne ont retenu leur souffle. Une vaste offensive sécuritaire, sobrement baptisée « opération coup de poing », vient de secouer les secteurs de Messassi, Nkolondom, la Gare Routière d’Olémbé et Nkometou. Menée par la Région de Gendarmerie Nationale n°1, cette rafle d’ampleur vise à briser l’emprise des réseaux criminels qui faisaient de ces territoires des enclaves de non-droit.

Des zones de non-droit devenues « trop chaudes » pour les habitants

Longtemps cités par les riverains comme des foyers d’insécurité récurrents, ces quartiers populaires de la capitale camerounaise sont régulièrement le théâtre d’agressions à main armée, d’assassinats ciblés et de points de deal ouverts. « Ici, après 20 heures, on ne sortait plus. Les jeunes armés contrôlaient les ruelles », confie un commerçant de Nkolondom, qui a vu plusieurs de ses collègues braqués à la sortie de leurs boutiques. La Gare Routière d’Olémbé, plaque tournante des flux vers le nord du pays, était également devenue un carrefour du trafic de stupéfiants, générant des règlements de comptes sanglants entre bandes rivales.

Un dispositif militaire millimétré

Placée sous la supervision directe du Général de Brigade Toungue Elias, commandant la première région, l’opération a été coordonnée sur le terrain par le Lieutenant-Colonel Penda, épaulé par le Lieutenant Mboutou, deux figures bien connues de la lutte antigang. Le dispositif, mêlant renseignement et interventions coup-de-poing, a permis de quadriller méthodiquement les zones identifiées, surprenant les délinquants au petit matin comme en pleine activité criminelle.

Selon nos sources concordantes, le bilan provisoire fait état d’une vingtaine d’interpellations. Les suspects, âgés de 16 à 40 ans, sont impliqués à divers degrés dans des affaires d’agressions violentes, d’homicides volontaires dans un contexte de rivalités territoriales, et de trafic de drogues dures. Plusieurs kilos de substances illicites, des armes blanches et des téléphones volés ont été saisis.

Soulagement prudent et exigence de justice

Sur place, l’opération a été accueillie avec un immense soulagement, mais aussi une certaine retenue. « On les a vus partir dans les fourgons. Mais dans deux semaines, qui nous dit que d’autres ne reviendront pas ? », s’inquiète une mère de famille à Messassi, résumant le paradoxe d’une population qui réclame une présence sécuritaire permanente.

La dimension judiciaire sera désormais cruciale. Les interpellés doivent être déférés devant les parquets compétents. Pour que ce « coup de poing » ne soit pas qu’un effet d’annonce, les autorités devront concilier fermeté exemplaire – réclamée à cor et à cri par les victimes – et respect des droits fondamentaux. Certains avocats redoutent une justice expéditive, tandis que la rue appelle à des sanctions dissuasives.

Une stratégie de long terme encore fragile

Si cette opération illustre la volonté affirmée des vaillants éléments de la gendarmerie nationale camerounaise de reprendre le contrôle des quartiers sensibles, elle rappelle surtout que l’insécurité urbaine ne se résout pas par des coups de filet isolés. « La solution sera globale », insiste un analyste sécuritaire : mêler présence opérationnelle, travail de renseignement de proximité, réinsertion des jeunes, et surtout, refonder la confiance entre une population parfois complice par peur et des forces de l’ordre trop souvent débordées.

En attendant, les barrages se sont renforcés à Olémbé, les patrouilles nocturnes ont repris à Nkolondom. Pour combien de temps ? La pression redescend déjà, et le grand banditisme, lui, ne dort que d’un œil.

Adèle Amaléga

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