Alors que le bateau de Paul Biya prend l’eau de toutes parts, un vétéran du régime saute à temps.
Yaoundé, 25 juin 2025. La démission fracassante d’Issa Tchiroma Bakary, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, a envoyé une onde de choc dans les cercles politiques camerounais. À douze semaines seulement de la présidentielle, ce vétéran du régime, connu pour sa longévité et son art de survie dans les arcanes du pouvoir, a choisi de rompre brutalement avec Paul Biya. Dans une lettre solennelle, il invoque des raisons “morales” et l’échec du gouvernement à répondre aux “attentes profondes des populations”. Mais derrière les grands mots, beaucoup y voient un calcul politique bien rodé : celui d’un opportuniste sentant le vent tourner.
Tchiroma, l’éternel rescapé
Issa Tchiroma Bakary, président du Front National pour le Salut du Cameroun (FNSC), est un habitué des retournements de veste. Ministre sous Biya pendant près de 20 ans, il a survécu à toutes les purges, toutes les crises, toujours prêt à défendre le régime… jusqu’à ce qu’il devienne intenable. Son parcours est celui d’un fin tacticien : hier, porte-voix zélé du pouvoir, aujourd’hui, critique “désillusionné”.
Ses proches affirment que sa décision est “courageuse”, mais l’opposition et les observateurs y voient plutôt une manœuvre pour se repositionner avant l’élection. “Tchiroma a senti que le navire Biya coulait, alors il a pris les devants pour ne pas être emporté par la vague”, analyse un politologue sous couvert d’anonymat.
Le bateau Biya prend l’eau de toutes parts
La démission de Tchiroma intervient dans un contexte de déliquescence accélérée du régime. Crise anglophone persistante, économie en berne, corruption endémique, succession incertaine… Le pouvoir, autrefois monolithique, montre des fissures de plus en plus visibles. Les ralliements vers l’opposition ou vers des dissidences se multiplient, et même les barons du régime commencent à préparer l’après-Biya.
“Cette démission est symbolique : c’est un signal que l’heure des comptes approche”, estime un diplomate occidental en poste à Yaoundé. “Les caciques savent que le système est à bout de souffle, et chacun cherche à sauver sa peau.”

Issa Tchiroma Bakary… comédien ou caméléon politique ?
Une lettre qui sonne comme un réquisitoire
Dans son courrier, Tchiroma évoque des “engagements non tenus” envers les Camerounais, pointant du doigt les échecs en matière de “justice sociale, d’intégration nationale et d’équité territoriale”. Des critiques voilées, mais cinglantes, contre un régime qu’il a pourtant servi avec zèle pendant des décennies.
“Comment croire un homme qui, hier encore, justifiait toutes les dérives du pouvoir ?”, s’interroge un militant de la société civile. “C’est le même Tchiroma qui défendait la répression dans les régions anglophones, le même qui célébrait les ‘succès’ économiques du gouvernement. Aujourd’hui, il joue les moralistes ?”
Un timing trop parfait pour être innocent
À trois mois de la présidentielle, cette démission ressemble à un coup médiatique. Tchiroma, qui a toujours su flairer les changements de majorité, pourrait bien tenter de rebondir en se présentant comme un “rénovateur”. Certains spéculent sur une alliance avec des dissidents du RDPC ou une candidature surprise.
“Son objectif est clair : se refaire une virginité politique avant la tempête”, affirme un journaliste politique. “Mais les Camerounais ne sont pas dupes. Ils ont en mémoire ses multiples volte-face.”
La fin d’une ère ?
La chute du régime Biya semble désormais inéluctable, et les rats quittent le navire les uns après les autres. Tchiroma, en sautant à temps, espère peut-être échapper au naufrage. Mais dans l’esprit de nombreux Camerounais, il restera à jamais l’archétype de l’opportuniste politique, prêt à toutes les alliances pour survivre.
Alors que le pays s’achemine vers une transition périlleuse, une question demeure : ceux qui ont profité du système pourront-ils vraiment incarner le changement ?
La réponse appartient désormais au peuple camerounais.
Emmanuel Ekouli
