Quand les Nations Unies décident de jouer les arbitres électoraux au Cameroun, elles n’apportent ni ballon, ni sifflet, mais une convention signée dans le noir, un jargon bien huilé et une complicité polie avec le fossoyeur des urnes : ELECAM.

Le 9 mai 2025, les dieux de la diplomatie multilatérale ont frappé : l’ONU a signé, dans une solennité feutrée, un partenariat électoral avec ELECAM. Rien de bien grave, me direz-vous ? C’est qu’on oublie que sous nos cieux, aider ELECAM revient à confier une boîte d’allumettes à un pyromane, avec mission d’allumer la lampe du salon.

Dans ce partenariat, le MRC voit une alliance trouble, une compromission douce mais perverse. Et il faut bien leur donner raison. Car enfin, qu’est-ce que l’ONU vient faire dans ce deal, sans en informer qui que ce soit, et surtout en écartant les acteurs principaux du théâtre électoral que sont les partis politiques ? Apparemment, la démocratie se joue désormais à huis clos, entre quelques technocrates, des experts onusiens et… les chefs d’orchestre du tripatouillage.

ELECAM a demandé de l’aide le 13 mai 2024, l’ONU a accouru – non pas pour exiger transparence, équité ou inclusion, mais pour former les fossoyeurs du suffrage universel à mieux manipuler les outils de l’illusion démocratique. Les objectifs sont beaux : renforcer la participation des jeunes, des femmes, promouvoir l’inclusion, éduquer les électeurs. Mais en réalité, l’ONU ne voit rien, ne veut rien voir, et surtout, ne dérange pas.

Pourtant, ELECAM est ce même organe qui :

viole son propre code électoral,

refuse de publier la liste électorale nationale,

efface arbitrairement des électeurs,

repousse les élections à sa guise,

interdit à la diaspora de voter,

et fait preuve d’une créativité déconcertante pour empêcher certaines candidatures de s’exprimer.

Mais pour les Nations Unies, tout cela semble secondaire, voire folklorique. Un détail culturel, sans doute. Leur job est de verser des millions pour organiser des « dialogues consultatifs » et des « sessions de formation sur la sérénité électorale », pendant que les partis politiques, eux, sont laissés sur le carreau comme des figurants d’un film où le casting a été truqué dès l’audition.

Le MRC n’est pas dupe. Maurice Kamto, dans une prose chirurgicale, démonte le projet comme un vieux meuble Ikea mal monté. Il rappelle que l’ONU n’est pas à son coup d’essai : elle avait déjà organisé des ateliers sur la paix et la cohésion sociale pendant qu’on torturait les militants de l’opposition et qu’on emprisonnait les journalistes. Elle a fermé les yeux sur les violences post-électorales de 2018, sur les assassinats non élucidés, sur la répression judiciaire et administrative.

Et aujourd’hui, rebelote. Les Nations Unies se pointent, armées de leurs fiches PowerPoint, de leurs consultants bien payés, de leurs déclarations ampoulées sur « l’inclusivité », pendant que la machine à tricher tourne à plein régime.

L’ONU n’assiste pas, elle cautionne. C’est le MRC qui le dit, mais c’est le peuple qui le vit. Et dans ce pays où on interdit les marches pacifiques mais on autorise les mascarades officielles, il est clair que le partenariat ONU-ELECAM vise à légitimer le désordre, pas à le corriger.

Et maintenant, que reste-t-il à faire ?

Dans cette tragédie politico-onusienne, où les fossoyeurs de la démocratie reçoivent des financements pour creuser plus profond, le peuple camerounais est sommé de garder son calme… et sa lucidité.

Car à ce rythme, on peut s’attendre à ce que, le jour du vote, ce soit le Représentant Résident de l’ONU qui tienne le parapluie d’ELECAM, pendant que la fraude se fait sous tente climatisée, avec buffet et badge officiel.

Alors que faire ?

Refuser l’amnésie. Refuser la distraction. Refuser la résignation. Car les élections ne sont plus des compétitions équitables, mais des rituels d’enterrement de l’espoir, organisés par les pompes funèbres d’ELECAM avec la bénédiction diplomatique.

Le peuple camerounais, s’il veut échapper à cette mécanique de confiscation, n’a plus le droit de dormir les yeux ouverts. Il ne s’agit plus de voter, mais de veiller avant, pendant et après. De documenter, de dénoncer, de résister.

Et si le système est sourd, parlons plus fort. Si les institutions internationales sont aveugles, projetons la lumière.

Sinon, à ce train-là, la prochaine convention portera peut-être ce titre : « Comment consolider une dictature durable grâce à l’appui technique de la communauté internationale » , avec atelier pratique et signature en grande pompe.

Charles Chacot Chimé

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