Yaoundé – Dans une déclaration solennelle diffusée ce mercredi, l’ancien ministre et candidat à la présidentielle Issa Tchiroma Bakary a lancé un vibrant plaidoyer pour un « sursaut national » face à un système politique qu’il juge « à bout de souffle ». Sa Lettre aux Camerounais, un texte de 5 000 caractères percutants, se veut à la fois un diagnostic sans concession de la crise camerounaise et un programme pour une transition démocratique inédite.

« Le peuple étouffe : l’alternance n’est plus une option, mais une nécessité »

D’entrée, Tchiroma frappe fort : « Notre pays a été dirigé des décennies durant par une même vision, un même système. Ce modèle, longtemps érigé en rempart de stabilité, a progressivement paralysé nos institutions. » Sans jamais citer directement Paul Biya (92 ans, au pouvoir depuis 1982) ou son successeur désigné, le candidat du RDPC, il dénonce une « confiscation du pouvoir » et appelle à une « refondation républicaine ».

Les 4 piliers de son projet :

  1. Une réforme électorale radicale pour des scrutins « incontestables ».
  2. La fin de l’impunité avec des sanctions contre les « prédateurs de la République ».
  3. Un New Deal pour la jeunesse (60 % de la population), via un Fonds National pour l’Innovation.
  4. Une décentralisation effective pour apaiser les tensions régionales.

Sécurité : « Boko Haram et la crise anglophone exigent une réponse juste, pas seulement militaire »

Le texte aborde frontalement les dossiers sensibles :

  • Extrême-Nord : Il salue « le courage des soldats » mais prône « une stratégie anti-terroriste intégrant développement et renseignement ».
  • Nord-Ouest/Sud-Ouest : « La crise anglophone ne se résoudra pas par les armes, mais par un dialogue inclusif. » Une position qui contraste avec la ligne dure du gouvernement.
  • Insécurité urbaine : Il évoque le meurtre récent du jeune Mathis à Yaoundé, symbole d’un « État défaillant ».

Jeunesse et femmes : Les grands oubliés du système

Tchiroma mise sur deux forces vives :

  • Les jeunes : « Le Cameroun sera jeune ou ne sera pas. » Il promet 100 000 emplois tech d’ici 2030.
  • Les femmes : « Elles portent le pays à bout de bras, mais restent exclues du pouvoir. » Quotas de 30 % dans les institutions.

Réactions politiques : Entre espoir et scepticisme

  • Maurice Kamto (MRC) : « Enfin un discours clair sur l’alternance ! Mais peut-on croire un ancien du régime ? »
  • Cabinet du Premier ministre : « Ces propositions méritent débat, mais évitons les surenchères. »
  • Société civile : Le sociologue André Ntonè salue « une rupture rhétorique », mais attend des « actes ».

Ce qu’il faut retenir

  1. Un ton inédit : Tchiroma, longtemps perçu comme un « soldat du régime », se pose en rassembleur anti-système.
  2. Un calendrier serré : La présidentielle d’octobre 2025 est présentée comme « la dernière chance » d’éviter l’effondrement.
  3. Un risque calculé : En appelant le pouvoir à « se retirer avec dignité », il défie ouvertement le RDPC.

Emmanuel Ekouli


« Le Cameroun mérite mieux. Et ce mieux, nous allons le bâtir ensemble. »
Issa Tchiroma Bakary


À suivre : Notre éditorial demain – « Tchiroma peut-il vraiment incarner le changement ? »


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