La non-validation de Maurice Kamto par le Conseil Constitutionnel crée un nouveau rapport de force, propulsant l’ancien ministre comme la figure de ralliement d’une frange de l’opposition.

Dans un communiqué rendu public mercredi soir, Cyprien Aimé Olinga, se présentant comme le “Guide de la Révolution Camerounaise” et Président national du Front Démocratique Révolutionnaire (FDR), a officialisé le soutien de son mouvement à la candidature d’Issa Tchiroma Bakary à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Cette annonce, fruit de 45 jours de consultations internes élargies, intervient dans un contexte politique électrique, marqué par l’éviction de la course du principal opposant, Maurice Kamto.

Une décision mûrement réfléchie

Le communiqué, dense et structuré, détaille une procédure de consultation rigoureuse. M. Olinga affirme avoir sollicité l’avis des instances dirigeantes du FDR – le Conseil Révolutionnaire Suprême et le Haut Conseil de la Révolution –, mais aussi des militants de base, des sympathisants, ainsi que des acteurs de la société civile et des leaders d’opinion. Cette approche, présentée comme démocratique et inclusive, vise à légitimer un choix qui pourrait s’avérer déterminant dans le paysage post-Kamto.

Selon les termes du communiqué, le FDR ne se contente pas d’un simple ralliement. Il appelle explicitement ses partisans à un engagement actif et immédiat : retrait massif des cartes d’électeur, mobilisation le jour du scrutin, et surtout, surveillance et défense des votes. Un langage qui rappelle les luttes passées et annonce une campagne sous tension.

Les trois piliers du soutien du FDR à Tchiroma

Le “Guide” justifie son choix par trois arguments principaux, dévoilant une stratégie politique claire :

  1. L’affinité des programmes : Le FDR estime à 60% la conformité du “Programme de Refondation et de Transition” de M. Tchiroma avec son propre projet, le Programme Révolutionnaire de Redressement National (PRORENA). Cette convergence idéologique sur une transition de 3 à 5 ans est présentée comme le motif principal de l’alliance.
  2. La promesse de non-reconduction : La déclaration d’Issa Tchiroma de ne pas briguer de mandat au terme de cette période de transition semble avoir été un gage décisif. Cette promesse rassure le FDR sur l’objectif unique de refondation du pays, évitant l’écueil d’une ambition personnelle à long terme.
  3. La détermination affirmée : Enfin, le FDR salue “sa détermination à défendre sans faiblesse la victoire du peuple”. Cet argument est directement lié au contentieux électoral qui mine la confiance des opposants dans le processus. Le parti d’Olinga voit en Tchiroma un candidat capable de résister et de contester les résultats en cas de fraude présumée.

Un engouement populaire en construction

Sur le terrain, cette annonce crée un vent de recomposition. Les militants du FDR, orphelins d’une candidature propre, trouvent en Issa Tchiroma une nouvelle bannière. L’homme, connu pour son verbe et son expérience gouvernementale, incarne une alternative à la fois critique et pragmatique. Dans les antennes d’Elecam, certains nouveaux retraits de cartes sont déjà attribués à cet appel.

L’éviction de Maurice Kamto ayant créé un vide, le ralliement du FDR comble une partie de l’espace laissé vacant. Il offre à Issa Tchiroma une base militante structurée et motivée, susceptible de dynamiser sa campagne. Le candidat du FSNC et de l’Union pour le Changement passe du statut de challenger à celui de possible figure de ralliement pour une opposition en quête de leader fédérateur.

Une nouvelle dynamique pour la présidentielle

Ce soutien massif replace Issa Tchiroma au cœur du jeu politique. Il n’est plus seulement l’ancien ministre au discours parfois incendiaire ; il devient le porteur d’un projet de transition soutenu par une frange radicale et organisée de l’opposition. La campagne entre dans une phase décisive où la capacité de chaque camp à mobiliser son électorat sera scrutée à la loupe.

Pour le pouvoir en place, cette alliance constitue un défi supplémentaire. Elle consolide un opposant et donne une voix plus forte à ceux qui réclament une rupture. La bataille pour le 12 octobre 2025 s’annonce plus serrée que prévu, et le mot d’ordre du FDR résonne comme un slogan de combat : “Seule la lutte libère !”. La réponse des urnes dira si cet engouement se transformera en une véritable lame de fond.

Emmanuel Ekouli

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