Yaoundé, le 29 avril 2026 – Une page décisive s’est ouverte ce mercredi pour la planification nationale. Réunis en conférence de presse au bord du fleuve Mfoundi, trois ministres camerounais ont dévoilé le lancement simultané du 4e Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) et du tout premier Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE). Une opération couplée d’envergure, destinée à offrir au pays une radiographie précise de ses forces vives.
« Nous passons d’une logique de suppléance à une logique de science. Sans chiffres fiables, pas de politique publique efficace », a martelé René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, face à une salle comble. À ses côtés, Gabriel Mbaïrobé (Agriculture) et le Dr Taïga (Élevage) ont détaillé un calendrier ambitieux : les travaux préparatoires débutent en mai 2026 pour une phase terrain s’étalant d’octobre 2026 à mars 2027. Les résultats préliminaires sont attendus fin 2027.
L’originalité de cet exercice réside dans son double objectif. D’un côté, le RGPH actualisera les données démographiques – le dernier recensement remontant à 2005. De l’autre, le RGAE inventoriera pour la première fois l’ensemble du tissu agricole et pastoral : cheptel, surfaces cultivées, pratiques locales, accès aux intrants. « Le Cameroun a changé. Notre agriculture a évolué, l’élevage s’est intensifié. Ignorer ces mutations, c’est piloter à l’aveugle », a insisté le Dr Taïga, appelant à une mobilisation sans faille des éleveurs des trois zones agro-écologiques.
Les enjeux sont colossaux. Les données récoltées permettront de recalculer les besoins en écoles, hôpitaux et logements dans les zones urbaines en explosion, mais aussi de cartographier les filières d’avenir (banane plantain, cacao, viande bovine) et de mieux cibler les subventions. « Nous voulons sortir des approximations qui ont trop souvent conduit à des infrastructures sous-dimensionnées ou à des aides mal acheminées », a souligné Gabriel Mbaïrobé, rappelant que 70 % de la population active dépend encore du secteur rural.
Les autorités ont cependant conscience des défis logistiques : terrain difficile, insécurité dans certaines zones frontalières, méfiance chronique des ménages. Pour y remédier, 35 000 agents seront formés, et une campagne de sensibilité massive déployée en langues locales. « Chaque citoyen doit comprendre que répondre au recenseur, c’est investir dans son propre avenir. La réussite de ce double comptage est le socle indispensable à la transformation structurelle du Cameroun d’ici 2030 », a plaidé René Emmanuel Sadi.
En conclusion, les trois membres du Gouvernement ont appelé les chefs traditionnels, les associations et les médias à relayer l’information. Un numéro vert sera prochainement activé pour signaler toute fraude ou difficulté. Alors que le pays vise l’émergence, cette vaste opération statistique se veut le miroir sans complaisance du Cameroun réel, afin d’en révéler toutes ses potentialités.
Ndongo Tsala Christophe
