Consultante en stratégie devenue entrepreneure sociale, la Franco-Togolaise Ileana Santos est cofondatrice de Je m’engage pour l’Afrique, un incubateur qui donne la parole à la jeunesse du continent. Distinguée par Forbes Afrique, elle a fait de sa double culture un métier : bâtir des ponts.
De Lomé à Paris, une trajectoire construite pas à pas
Ileana Santos est née et a grandi à Lomé, au Togo, dans une famille où l’exigence intellectuelle et le service aux autres tenaient une place centrale. Son père a dirigé la faculté de droit de la ville, sa mère exerçait comme consultante en technologies de l’information. Dès l’enfance, elle organisait chaque année des actions solidaires en faveur de familles défavorisées, tout en suivant de près la vie politique française, avec un intérêt marqué pour les parcours de Christiane Taubira et de Rama Yade.
Après un baccalauréat en sciences économiques obtenu en 2011 au Togo, elle part étudier le droit privé à Poitiers, puis rejoint l’EM Lyon Business School pour un master en management orienté stratégie et innovation, complété par un séjour académique à l’East China Normal University. La décennie qui suit la mène en Inde, en Chine, au Sénégal et au Canada, au fil d’expériences professionnelles et associatives qui affinent sa lecture des enjeux internationaux.
Son parcours professionnel passe notamment par CANAL+, le cabinet BearingPoint et la Société financière internationale (IFC), avant qu’elle ne devienne consultante en stratégie et transformation dans les services financiers à Paris. Elle y travaille en particulier sur des sujets qu’elle considère comme prioritaires pour le continent africain, tels que l’accès des femmes entrepreneures au financement ou la digitalisation des bailleurs internationaux.
Cette trajectoire, faite d’allers-retours entre plusieurs continents et plusieurs mondes professionnels, forge chez elle une conviction : les grands enjeux du développement africain ne se règlent ni depuis Paris seul, ni depuis les capitales africaines seules, mais dans le dialogue entre les deux rives. C’est cette conviction, mûrie au fil de ses missions de conseil, qui la pousse à ne plus seulement accompagner des institutions, mais à créer elle-même un espace dédié à cet échange.
Je m’engage pour l’Afrique, un incubateur pour changer le narratif
C’est en pleine crise sanitaire, fin 2020, qu’Ileana Santos cofonde avec la Marocaine Amina Zakhnouf l’association Je m’engage pour l’Afrique, officiellement lancée en janvier 2021. L’objectif des deux jeunes femmes est de créer le premier incubateur de politiques publiques dédié aux jeunes citoyens d’Afrique, de la Méditerranée et d’Europe, pour leur donner un espace concret où transformer leurs idées en propositions destinées aux décideurs publics.
La structure s’organise autour de programmes de réflexion, de plaidoyer et de formation sur des thématiques jugées cruciales pour l’avenir du continent : financement des économies africaines, transition environnementale, gouvernance locale ou encore citoyenneté. Elle a notamment publié un ouvrage collectif consacré aux idées reçues sur le financement des économies africaines, et rassemble aujourd’hui un réseau de plusieurs milliers de jeunes engagés, appuyé par des dizaines d’experts et formateurs bénévoles.
Ce travail de fond a valu à Ileana Santos une reconnaissance qui dépasse les frontières de son association : en 2022, elle figure dans le classement Forbes Afrique des trente personnalités africaines de moins de trente ans les plus influentes. Elle multiplie depuis les interventions publiques, représente son organisation lors de sommets consacrés aux relations entre l’Afrique et l’Europe, et a été choisie comme marraine d’une promotion du Campus des jeunes entrepreneurs, dans le cadre de la Biennale Euro-Africa de Montpellier.
Au fil des années, Ileana Santos a fait de sa double identité franco-togolaise un véritable outil de travail, se présentant volontiers comme une bâtisseuse de ponts entre les jeunesses africaines et européennes. Elle a par exemple contribué, aux côtés d’une partenaire camerounaise, à faire remonter jusqu’à la présidence française les conclusions d’un groupe de travail sur la gouvernance locale et la participation citoyenne, né dans le sillage du sommet Afrique-France de Montpellier.
Son ambition reste constante : offrir à chaque citoyen intéressé par le devenir du continent un espace où mettre ses compétences et ses convictions au service de l’intérêt général, loin des postures et des polémiques qui entourent souvent les relations entre l’Afrique et l’Europe. À ceux qui la suivent depuis les débuts de Je m’engage pour l’Afrique, Ileana Santos apparaît comme la preuve qu’une trajectoire individuelle, aussi singulière soit-elle, peut se transformer en projet collectif au service de toute une génération.
Balthazar Atangana
