Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la lutte contre les maladies tropicales négligées au Cameroun. L’organisation Women in Neglected Tropical Diseases, plus connue sous le nom de WINs, a signé au Bureau Santé de la GIZ au Cameroun le contrat de mise en œuvre d’un projet consacré à la santé des femmes. Ce projet porte un nom long et technique, Health and Empowerment of Women through Research on Female Genital Schistosomiasis and Community Action with Responsive Engagement, résumé sous l’acronyme HER FGS CARE. Il sera conduit dans les districts de santé de Bertoua et de Doumé, dans la région de l’Est du Cameroun.
Ce partenariat s’inscrit dans une trajectoire déjà bien engagée. Depuis plusieurs années, les travaux menés autour du Professeur Épée et du réseau WINs ont contribué à faire émerger la schistosomiase génitale féminine comme un sujet de santé publique à part entière au Cameroun. Longtemps confondue avec une infection sexuellement transmissible ou banalisée par manque d’information, cette maladie provoque des douleurs, des saignements et, à terme, des complications sur la fertilité des femmes qui en souffrent. Elle touche particulièrement les communautés rurales vivant près des points d’eau douce, là où le parasite responsable de la schistosomiase trouve les conditions pour se transmettre.
Une démarche qui va de la recherche jusqu’au terrain
Le projet HER FGS CARE repose sur une ambition claire. Il s’agit de réduire la morbidité liée à la schistosomiase génitale féminine chez les femmes et les adolescentes, en agissant directement sur les barrières qui limitent encore l’information, le dépistage, le référencement et l’accès aux soins. Pour y parvenir, WINs mise sur une approche qui associe recherche opérationnelle, engagement communautaire et sensibilité au genre.
Concrètement, cela se traduit par la formation de championnes communautaires chargées de relayer l’information auprès des femmes de leur entourage, par le développement d’outils de communication adaptés aux réalités locales, par la création d’espaces de dialogue où les sujets encore tabous peuvent être abordés, et par l’implication des leaders communautaires ainsi que des hommes, dont l’adhésion conditionne souvent l’accès des femmes aux soins. L’accompagnement des femmes et des adolescentes vers les structures de santé complète ce dispositif, avec l’objectif de transformer une prise de conscience en recours effectif aux soins.
Le projet sera mis en œuvre en collaboration étroite avec le Programme National de Lutte contre la Schistosomiase et les Helminthiases Intestinales, ce qui garantit son ancrage dans les priorités sanitaires nationales et facilite la coordination avec les services de santé déjà présents sur le terrain.
Des données pour peser sur les politiques de santé
Au delà de l’action directe auprès des communautés, HER FGS CARE a une vocation de plaidoyer. Les résultats attendus doivent permettre de documenter les barrières qui empêchent encore les femmes d’accéder au diagnostic et aux soins, mais aussi d’identifier les leviers qui fonctionnent réellement sur le terrain. Cette production de données probantes doit ensuite éclairer les stratégies du Programme National de Lutte contre la Schistosomiase et nourrir le plaidoyer en faveur d’une meilleure intégration de la schistosomiase génitale féminine dans les interventions de santé au Cameroun.
La chaîne assumée par WINs est simple à énoncer, recherche, communautés, plaidoyer, solutions, mais exigeante à tenir sur la durée. Produire des connaissances scientifiques est une étape nécessaire, encore faut il que ces connaissances se traduisent en actions concrètes pour les femmes et les communautés concernées. C’est précisément cette conversion des données en changement réel que le projet HER FGS CARE cherche à démontrer dans les districts de Bertoua et de Doumé.
WINs a tenu à remercier la GIZ pour son appui, ainsi que le Programme National de Lutte contre la Schistosomiase et l’ensemble de son équipe et de ses partenaires pour leur confiance et leur engagement continu. Cette nouvelle signature confirme la place que WINs occupe désormais dans le paysage de la lutte contre les maladies tropicales négligées au Cameroun, et rappelle qu’une maladie encore peu connue du grand public peut, à force de travail collectif, devenir un axe reconnu des politiques de santé publique.
Baltazar Atangana
