Yaoundé – Face à une crise du logement qui ne cesse de s’aggraver dans les grandes villes camerounaises, le gouvernement vient d’actionner un levier jusqu’ici sous-exploité : l’épargne de la diaspora. En partenariat avec la Société Immobilière du Cameroun (SIC), l’exécutif a officiellement lancé, ce mois-ci, le programme « Diaspora-SIC », une initiative ambitieuse destinée à canaliser les investissements des Camerounais de l’étranger vers le secteur de l’immobilier national.
L’annonce, faite conjointement par le ministère de l’Habitat et du Développement urbain et la direction générale de la SIC, intervient dans un contexte où le déficit en logements décents est estimé à près de deux millions d’unités. À Douala, Yaoundé ou Garoua, les loyers flambent et l’accès à la propriété reste un luxe pour une grande partie de la classe moyenne. Pourtant, selon les dernières estimations, la diaspora camerounaise – près de 1,5 million de personnes – transfère chaque année plus de 400 milliards de FCFA dans le pays. Une manne financière qui, faute de circuits adaptés, alimente surtout la consommation immédiate ou l’épargne informelle.
Un dispositif en deux volets : diplomatie et numérique
Le programme « Diaspora-SIC » repose sur une stratégie à double détente. D’abord, une offensive diplomatique : les ambassades et consulats du Cameroun à travers le monde – Paris, Bruxelles, Berlin, Washington, Pékin, etc. – seront mises à contribution pour promouvoir activement les offres immobilières de la SIC. Des attachés spécialement formés animeront des sessions d’information, des salons virtuels et des permanences juridiques à destination de nos compatriotes expatriés.
Ensuite, une plateforme numérique sécurisée sera déployée d’ici la fin du premier semestre. Celle-ci permettra aux investisseurs de consulter en temps réel les projets disponibles (terrains viabilisés, appartements en VEFA, villas en construction), d’effectuer des paiements en ligne via des systèmes bancaires agréés, et de suivre l’avancement des chantiers. « La transparence et la sécurité des transactions sont nos maîtres-mots », a insisté le directeur général de la SIC lors de la conférence de lancement. « Nous savons que beaucoup de nos frères de la diaspora ont déjà été freinés par des craintes de fraudes foncières ou de lenteurs administratives. Cette plateforme, couplée à un numéro unique de suivi, lève ces obstacles. »
Un pari économique et social
Au-delà de la simple collecte de fonds, le gouvernement voit dans ce programme un levier de développement durable. L’argent investi par la diaspora ne sera pas dilué dans des projets spéculatifs : il abondera un fonds dédié à la construction de logements à coût maîtrisé, dont une partie sera réservée à l’accession sociale. Par ailleurs, chaque projet immobilier générera des emplois locaux – maçons, électriciens, architectes –, contribuant ainsi à réduire le chômage des jeunes.
Les premiers retours sont encourageants. Des associations de Camerounais d’Europe et d’Amérique du Nord ont salué l’initiative, tout en émettant quelques réserves. « L’idée est excellente, mais tout dépendra de l’exécution. Il faudra garantir une sécurité juridique absolue et éviter les dérives bureaucratiques », tempère le président d’une collectivité basée à Montréal. D’autres, plus optimistes, y voient l’occasion de concrétiser un rêve longtemps reporté : celui de posséder un jour une maison au pays tout en soutenant son développement.
Le programme « Diaspora-SIC » sera officiellement présenté en détail lors d’une tournée virtuelle prévue avant la fin du mois de juillet prochain, en présence des ministres sectoriels. Reste désormais à transformer l’essai. Pour le Cameroun, c’est un test grandeur nature de sa capacité à valoriser sa diaspora comme un véritable partenaire stratégique, et non plus seulement comme une simple source de devises.
Adele Amalega
