Yaoundé, Cameroun – Révélations explosives de la Société nationale des mines du Cameroun (Sonamines). Entre 2019 et 2024, près de 44 tonnes d’or brut ont quitté clandestinement le territoire national à destination de Dubaï, sans jamais être déclarées ni soumises aux taxes. Selon les experts de la Sonamines, la facture est vertigineuse : près de 2 000 milliards de FCFA de recettes fiscales et minières perdues pour l’économie camerounaise.

L’information, jusqu’ici confidentielle, a été rendue publique par la direction générale de la Sonamines à l’issue d’un audit interne croisé avec les statistiques douanières émiraties. Les données révèlent une accélération alarmante du trafic au cours des deux dernières années. En 2024 et 2025, les écarts entre les volumes officiellement exportés par le Cameroun et ceux réceptionnés par les raffineries de Dubaï ont explosé, passant d’un différentiel annuel moyen de 20 % à plus de 65 % sur la période récente.

« Nous ne parlons plus de fuites isolées, mais d’un véritable système parallèle d’évacuation de l’or », déplore un haut responsable de la Sonamines ayant requis l’anonymat. Dubaï, plaque tournante mondiale du négoce aurifère, est devenue la destination privilégiée des réseaux. L’or, extraits de petites mines artisanales souvent informelles dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, transite par des comptoirs fantômes avant d’être expédié via des pays voisins, échappant ainsi à tout contrôle des douanes camerounaises.

La Sonamines pointe du doigt des « failles critiques du système de contrôle » : absence de traçabilité numérique des matières premières, corruption passive d’agents aux points de sortie, et sous-déclaration chronique des volumes par les opérateurs miniers agréés, qui ne déclarent qu’une infime partie de leur production réelle. Les 44 tonnes perdues représentent l’équivalent de plus de trois fois la production officielle cumulée du pays sur la même période.

Face à ce scandale qui grève lourdement les finances publiques et prive le pays de rentrées essentielles pour le développement, la direction de la Sonamines annonce des mesures radicales. « Des poursuites judiciaires sont déjà engagées contre plusieurs acteurs identifiés : exportateurs, transitaires, et même certains agents de l’administration minière », a affirmé le directeur général dans un communiqué. Des mandats d’arrêt internationaux pourraient être émis à l’encontre des complices basés à Dubaï.

Le gouvernement camerounais, sous pression, promet la mise en place d’un fichier unique et d’un système de certification « or propre » avant fin 2026. Mais pour les observateurs, la crédibilité de cette lutte dépendra de la volonté réelle de démanteler les réseaux locaux protégés. En attendant, le manque à gagner – 2 000 milliards de FCFA – équivaut à près d’un tiers du budget national annuel. Un pillage silencieux que le Cameroun ne peut plus se permettre d’ignorer.

Emmanuel Ekouli

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