Vue depuis le Cameroun, l’année 2025 n’a pas été celle d’un spectaculaire tournant dans la relation avec la France, mais celle d’un ajustement maîtrisé. Dans un environnement régional marqué par des recompositions géopolitiques, une pression informationnelle accrue et une diversification assumée des partenariats, Yaoundé comme Paris ont privilégié la consolidation à la rupture.

Loin des effets d’annonce, la relation franco-camerounaise s’est inscrite dans une logique pragmatique, fondée sur des intérêts convergents et une lecture réaliste des contraintes régionales. Pour le Cameroun, il s’agissait avant tout de sécuriser ses priorités nationales ; pour la France, de maintenir un ancrage crédible en Afrique centrale à partir d’un partenaire stable et structurant.

Assumer l’histoire pour stabiliser le partenariat

L’un des faits politiques marquants de l’année reste la remise du rapport du Comité mixte pluridisciplinaire France–Cameroun sur la période 1945–1971. Attendu de longue date, ce travail scientifique dépasse le seul registre mémoriel. Il constitue, pour les deux États, un outil politique permettant de désamorcer une question longtemps instrumentalisée dans l’espace public camerounais comme dans les arènes informationnelles africaines.

La reconnaissance par le président Emmanuel Macron de la répression exercée durant la lutte pour l’indépendance camerounaise s’inscrit dans une démarche désormais assumée par Paris : reconnaître pour crédibiliser. Si ce geste ne saurait suffire à refermer toutes les blessures, il contribue néanmoins à assainir le cadre du dialogue bilatéral, condition nécessaire à toute coopération durable.
Du point de vue camerounais, cette séquence mémorielle a surtout permis de replacer la relation sur un terrain plus lisible, moins chargé symboliquement, et donc plus propice à des échanges orientés vers l’avenir.

Une coopération économique recentrée sur l’impact

Sur le plan économique, l’année 2025 confirme une évolution notable : la coopération franco-camerounaise se concentre désormais sur des secteurs identifiés comme prioritaires par les autorités camerounaises – énergie, infrastructures, financement de projets structurants et appui au secteur privé.

Le financement conjoint franco-britannique de 51,8 milliards FCFA en faveur de la Cameroon Development Corporation (CDC) illustre cette dynamique. Plus qu’un appui financier, il s’agit d’un signal politique et économique : soutien à un acteur local stratégique, mobilisation de partenaires internationaux et objectif clair de relance industrielle et d’emploi.

Cette approche, fondée sur des interventions ciblées, mesurables et cofinancées, répond autant aux attentes camerounaises qu’à la volonté française de démontrer l’utilité concrète de son engagement. Elle traduit un changement de méthode : moins de dispersion, plus de lisibilité. Le méga projet hydroélectrique de Nachtigal en est une illustration supplémentaire.

Sécurité : continuité et discrétion assumée

Dans un contexte sécuritaire toujours sensible en Afrique centrale, la coopération en matière de défense et de sécurité s’est poursuivie sans rupture, mais sans ostentation. Formations, échanges institutionnels et appui technique restent au cœur du dispositif.

Cette posture répond à une double lecture. D’une part, le Cameroun privilégie le renforcement de ses propres capacités nationales. D’autre part, la France acte les limites des modèles d’intervention directe, désormais largement contestés sur le continent. La stabilité régionale passe moins par la visibilité militaire que par la coopération institutionnelle et la montée en compétences.
À cet égard, le Cameroun apparaît comme un partenaire clé permettant à la France de maintenir une présence sécuritaire discrète mais stratégique en Afrique centrale. Ce partenariat a permis au Cameroun de lutter efficacement contre le terrorisme et grande piraterie maritime dans le golf de guinée.

Jeunesse, innovation et capital humain

Autre axe structurant de l’année 2025 : l’investissement dans le capital humain. Les programmes de soutien à l’entrepreneuriat, à l’image de StartUp 237, ont accompagné de jeunes porteurs de projets camerounais, avec une attention particulière portée aux femmes et aux publics sous-représentés.
La coopération académique, via l’Institut français et l’Agence universitaire de la Francophonie, s’est également renforcée. Pour le Cameroun, ces dispositifs participent à la montée en compétences et à l’ouverture internationale de sa jeunesse. Pour la France, ils constituent un levier d’influence durable, fondé sur la formation, la circulation des savoirs et les réseaux.
Former plutôt qu’assister, connecter plutôt que substituer : cette logique, partagée, structure désormais l’un des piliers les plus consensuels du partenariat.

Soft power et bataille des récits

Sur le terrain culturel et linguistique, la France conserve un avantage comparatif réel. Les actions de l’Alliance française, les échanges artistiques et les programmes éducatifs continuent de jouer un rôle structurant. Toutefois, cet espace est de plus en plus disputé par de nouveaux acteurs, notamment russes et chinois, très présents dans les médias et sur les réseaux sociaux.
L’année 2025 a mis en évidence un enjeu central : agir ne suffit plus, il faut rendre l’action lisible. Dans un environnement informationnel saturé, la perception compte autant que l’initiative elle-même. Une autre urgence stratégique émerge, l’intensification des collaboration stratégiques endogènes.

2026 : une année charnière

À l’horizon 2026, plusieurs échéances s’annoncent décisives. Le Sommet Afrique–France de Nairobi constituera un test majeur : capacité à intégrer les jeunes acteurs économiques africains, à donner une place réelle aux jeunesses et à proposer un partenariat perçu comme équilibré.
Pour le Cameroun, l’enjeu n’est pas de raviver une relation héritée, mais d’en façonner une nouvelle, alignée sur ses priorités nationales. Pour la France, le Cameroun apparaît de plus en plus comme un point d’ancrage stratégique, à partir duquel repenser et redéployer sa présence en Afrique centrale.

Les bases ont été posées en 2025. Leur traduction politique, économique et symbolique en 2026 déterminera la capacité du partenariat camerouno-français à s’inscrire durablement dans le paysage africain du XXIᵉ siècle.

Queen Jokem et Éric Léonel Loumou

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