Yaoundé – À la veille de l’arrivée du Pape Léon XIV, prévue du 15 au 18 avril 2026, un collectif d’organisations de la société civile camerounaise a publié une déclaration cinglante. Sous la bannière de treize associations et médias, ces voix exigent la libération « inconditionnelle » de toutes les personnes qu’elles qualifient de détenues arbitrairement, en particulier les opposants arrêtés lors des crises post-électorales de 2018 et 2025. Le Souverain pontife, dont le voyage incarne un « catholicisme social et missionnaire », est pressé d’intercéder directement auprès du président de la République.

Le texte, rendu public ce 14 avril, dresse un réquisitoire sévère contre le régime de Yaoundé. Il dénonce une « répression sans précédent » ayant suivi l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 – scrutin qualifié de « taillé sur mesure », entaché de fraudes massives et d’exclusions de candidats. Selon les signataires, la contestation légitime du résultat s’est muée en « crise profonde de l’État de droit », avec des manifestations pacifiques dispersées violemment et des arrestations qualifiées d’« illégales et arbitraires ».

Le collectif avance des chiffres accablants : depuis 2018, 3 310 arrestations auraient été recensées, dont 2 782 personnes encore en détention. Sur ce total, 2 630 seraient en détention provisoire ou pré-procès, et 38 seraient décédées en prison ou après leur interpellation. La déclaration pointe également des détentions au « faciès » : les personnes arrêtées en 2018 sont majoritairement anglophones, celles de 2020 viennent de l’Ouest, et celles de 2025 sont identifiées comme originaires du Grand-Nord. « Tout cela a pour effet de détruire le tissu social », insiste le texte.

Parmi les cas emblématiques cités figurent les opposants Parfait Aloys Bvoum, Djeukam Tchameni, ainsi qu’Anicet Ekane, décédé en détention dans des circonstances que les autorités refuseraient toujours d’élucider. Le collectif rappelle également les condamnations de 2018 à l’encontre d’Olivier Bibou Nissack et Alain Fogue Tedom, tous deux écroués pour sept ans. Les signataires dénoncent le recours systématique aux tribunaux militaires pour juger des civils, une pratique jugée contraire aux principes d’un procès équitable, de même que l’utilisation de la loi antiterroriste qualifiée de « scélérate », qui permettrait d’arrêter une personne pour le port d’un t-shirt en soutien à un leader politique.

La société civile s’indigne également des conditions de détention : gardes à vue excessivement prolongées (parfois plus de soixante jours), allégations crédibles de torture et mauvais traitements, extorsions de fonds, confiscations illégales de biens, et refus d’accès aux avocats et aux familles pour 92 détenus.

L’appel au Pape Léon XIV est central. « Sa Sainteté, qui a longtemps assisté les victimes des dictatures, sait le poids des douleurs », écrivent les organisations. Elles lui demandent d’intercéder auprès du chef de l’État pour obtenir la libération non seulement des prisonniers politiques post-électoraux, mais aussi des détenus des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que des journalistes et militants emprisonnés pour leurs opinions.

La déclaration s’achève par un appel à la communauté internationale – Nations unies, partenaires bilatéraux, institutions religieuses – pour qu’elle « brise le silence » sur ce drame humain. « Aucune stabilité durable ne peut être construite sur la peur, l’injustice ou la négation des droits fondamentaux », conclut le collectif, qui réclame également l’abrogation des « lois liberticides ».

Le document est signé par plusieurs responsables d’ONG locales et internationales, dont Cyrille Rolande Bechon (NDH-Cameroun), Maximilienne Ngo Mbé (REDHAC), le Dr Hilaire Kamga, ou encore le journaliste Christophe Bobiokono. À l’heure où les cloches de Yaoundé s’apprêtent à sonner pour le Pape, cette déclaration place la question des droits humains au cœur de la visite pontificale.

Emmanuel Ekouli

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