Une quinzaine de migrants latino-américains ont atterri à Kinshasa, vendredi 17 avril. Tous bénéficiaient de protections judiciaires américaines interdisant leur renvoi vers leur pays d’origine.
Ils sont arrivés en pleine nuit, à l’abri des regards. Vers 2 heures, vendredi 17 avril, une quinzaine de migrants irréguliers originaires d’Amérique latine ont atterri à Kinshasa, en provenance des États-Unis. Cette première arrivée de migrants issus de pays tiers en République démocratique du Congo (RDC) a été annoncée, sur X, par Ice Flight Monitor, un outil de veille sur les vols d’expulsion de la police de l’immigration américaine (ICE) piloté par l’ONG américaine Human Rights First.
Détenus depuis une durée indéterminée dans un centre migratoire d’Alexandria (Virginie), ils ont été embarqués manu militari, jeudi, dans un avion opéré par l’ICE. Le profil et la nationalité de ces migrants restent pour l’heure inconnus, tant ce dossier sensible est verrouillé par les deux parties impliquées.
On a seulement pu apercevoir certains d’entre eux, vendredi à la mi-journée, dans l’enceinte de l’hôtel Venus Village, à Nsele, là où la rumeur les donnait depuis le début de la matinée. Une quinzaine de personnes, dont une poignée de femmes, discutaient en espagnol dans les couloirs de cet établissement confortable, situé à proximité de l’aéroport international de la capitale. Certains étaient vêtus d’un simple débardeur, d’autres de maillots de sport. Ils ont ensuite rejoint le restaurant climatisé, situé en face de la piscine. L’un d’eux s’est présenté comme équatorien mais, visiblement nerveux, il a alerté la direction de l’hôtel, qui a exigé le départ du journaliste.
Un accord controversé
Selon une source proche de la présidence congolaise, les migrants – sept femmes et huit hommes – sont originaires du Pérou et d’Équateur. Ils ont été transférés dans le cadre d’un accord migratoire controversé conclu début avril 2026 entre Washington et Kinshasa, après des discussions sur un vaste partenariat minier et sanitaire. En échange d’un accès privilégié aux ressources stratégiques congolaises, l’administration Trump a accepté de financer l’intégralité du dispositif.
L’avocat américain Alma David, qui représente l’un des expulsés, a confirmé que tous bénéficient d’une protection judiciaire américaine interdisant leur renvoi vers leur pays d’origine. Cette information soulève de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains, qui y voient une violation du principe de non-refoulement. « En cherchant à se décharger de ses responsabilités, l’administration américaine engage une pratique illégale et dangereuse pour les personnes vulnérables », a dénoncé l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH).
Externalisation migratoire
Ce vol vers Kinshasa est le dernier exemple en date de la politique d’externalisation migratoire de l’administration Trump, qui utilise des pays africains comme « sous-traitants » pour accueillir des migrants expulsés, y compris lorsqu’ils ne sont pas originaires de ces pays. Le Ghana, le Rwanda, la Guinée équatoriale, l’Eswatini et le Cameroun ont déjà accepté des arrangements similaires, souvent assortis d’une compensation financière ou logistique.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a été sollicitée par le gouvernement congolais pour fournir une aide humanitaire et proposer un « retour volontaire assisté » aux migrants qui en feront la demande. D’autres expulsions sont attendues prochainement, à raison d’une cinquantaine de personnes par mois.
Emmanuel Ekouli
