Ce mercredi 22 avril 2026, l’ancien président sénégalais a franchi une étape clé dans la course au secrétariat général des Nations unies. Devant l’Assemblée générale, il a déroulé un programme ambitieux alliant réforme des opérations de paix, défense des droits humains et restauration de la confiance entre les nations. Dernier des quatre candidats en lice, Macky Sall attend désormais le feu vert du Conseil de sécurité cet été.
New York (ONU) – La salle de l’Assemblée générale des Nations unies a retenu son souffle, ce mercredi, lorsque Macky Sall s’est avancé à la tribune. L’ancien chef d’État sénégalais, au pouvoir de 2012 à 2024, n’était pas venu pour un simple exercice de style. Il a joué une partie de sa candidature à la succession d’Antonio Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026.
Pendant près d’une heure, l’homme aux quarante années d’expérience publique a détaillé sa « vision stratégique » pour l’ONU. Sans surprise, il a fait de la restauration de la confiance le fil conducteur de son projet. « Face aux fractures du monde, nous avons besoin d’un secrétaire général qui ne soit ni un arbitre distant ni un acteur partisan, mais un bâtisseur de ponts entre les nations, les cultures et les générations », a-t-il martelé.
Équité, inclusion et réforme des Casques bleus
Son programme articule trois priorités : l’équité dans l’accès aux biens publics mondiaux (climat, santé, numérique), l’inclusion des voix du Sud global dans les instances décisionnelles, et une refonte en profondeur des opérations de maintien de la paix. Sur ce dernier point, Macky Sall s’est montré audacieux : « Nos Casques bleus sont envoyés dans des missions aux mandats parfois irréalistes. Il est temps de les doter de moyens modernes, de mandats clairs et de critères de sortie stricts. » Une déclaration qui a résonné auprès de nombreux pays contributeurs de troupes africains et asiatiques.
L’ex-président a également plaidé pour une « défense universelle et non sélective des droits humains », en rupture avec ce qu’il a qualifié de « double standards » chronique au Conseil des droits de l’homme. Une prise de position qui vise à rassurer les ONG tout en évitant de braquer les grandes puissances.
Une candidature portée par le Burundi, sans l’UA ni Dakar
Si le fond du discours était soigneusement calibré, les coulisses restent agitées. Macky Sall a officiellement été investi par le Burundi, un soutien de poids mais qui ne pèse pas aussi lourd que celui de l’Union africaine. Or, l’UA n’a toujours pas dégagé de candidat unique. Pire, Dakar observe un silence embarrassant : le président actuel du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, n’a pas apporté son soutien public à son prédécesseur, laissant planer des soupçons de froideur politique.
Ce déficit de légitimité régionale pourrait handicaper Sall face à ses concurrents : l’ex-haute-commissaire aux droits de l’homme Michelle Bachelet, la Costaricienne Rebeca Grynspan (secrétaire générale de la CNUCED) et l’Argentin Rafael Grossi, directeur de l’AIEA. Tous trois ont déjà passé leurs « dialogues informels » devant l’Assemblée générale.
Calendrier serré et paris ouverts
Macky Sall étant le dernier à avoir présenté sa vision, les 193 États membres vont désormais plancher en coulisses. Mais le vrai pouvoir est au Conseil de sécurité, qui doit rendre son verdict en juillet 2026. Les cinq membres permanents – dont trois (États-Unis, France, Royaume-Uni) entretiennent des relations variables avec l’ex-président sénégalais – devront s’entendre sur un nom. La Russie et la Chine, elles, regardent avec prudence tout candidat trop proche de l’Occident.
En cas de feu vert du Conseil, le nom du futur patron de l’ONU sera officiellement entériné par l’Assemblée générale à l’automne, pour une prise de fonctions le 1er janvier 2027. Reste à savoir si l’expérience de « bâtisseur de ponts » de Macky Sall, forgée lors de la crise post-électorale de 2024 au Sénégal et ses bons offices en Afrique de l’Ouest, suffira à convaincre la communauté internationale. La réponse est attendue dans moins de trois mois.
Emmanuel Ekouli
