Yaoundé, le 30 juin 2026 – Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a clos ce mardi les assises du Market Sounding International dédié à la réhabilitation de la Société Nationale de Raffinage (SONARA). Sept ans après le sinistre du 31 mai 2019 qui a paralysé l’outil industriel de Limbé, le gouvernement affirme franchir une « étape décisive » vers la souveraineté énergétique via un Partenariat Public-Privé sous la forme DBFM.
Pourtant, derrière le faste des annonces et la promesse d’une raffinerie nouvelle génération, se cache une réalité amère : celle d’un pouvoir qui, depuis 2019, a multiplié les atermoiements et les solutions de fortune, plongeant le pays dans une dépendance énergétique coûteuse tandis que le projet de reconstruction peinait à voir le jour.
2019 – 2026 : Une longue traversée du désert
Dans la nuit du 31 mai 2019, l’incendie de la SONARA a mis en lumière la fragilité chronique du secteur pétrolier camerounais. Si les autorités ont immédiatement évoqué une « cause technique », qualifiant les revendications des séparatistes anglophones de « récupération maladroite » , l’enquête et la gestion de crise ont vite montré les limites du système. Les rassurations sur les prix et l’absence de pénurie n’ont pas suffi à masquer l’improvisation qui a suivi. Le gouvernement a alors mis en place un mécanisme de subvention via une « ligne soutien à la raffinerie » de 47,88 F par litre et une « marge importateur » revalorisée , transformant l’État en simple pompier d’une économie en perte de vitesse.
Pendant sept ans, le Cameroun a ainsi survécu grâce à des importations massives de produits blancs, une situation contraire à la vocation première de la SONARA, qui devait couvrir 80% de la demande nationale . Cette parenthèse, officialisée par la tutelle technique (Minee), a non seulement alourdi la balance commerciale, mais a également privé l’État de recettes fiscales cruciales .
Le Market Sounding : un constat d’échec déguisé en opportunité
Les assises de Yaoundé, qui devaient sonner le glas de cette léthargie, ont surtout révélé l’état de déliquescence du projet de réhabilitation. Si 167 participants (opérateurs EPC, industriels, banques) ont salué le caractère stratégique du projet , le rapport final a été sans appel : le projet n’est pas bancable en l’état.
Les investisseurs ont pointé du doigt des erreurs de conception que le gouvernement, après sept ans de réflexion, n’a pas su anticiper. Ils exigent des ajustements majeurs :
· Révision de la capacité de production : Le seuil de rentabilité internationale n’est pas atteint avec les 3,5 millions de tonnes projetées. Il faudrait, selon les standards, viser 5 millions de tonnes .
· Ajustements financiers : L’absence de période de grâce pendant la construction et un calendrier de bouclage financier jugé trop serré (six mois) ont été jugés « difficilement compatibles » avec les exigences d’un tel chantier .
Des tergiversations politiques aux lourdes conséquences
Ce rapport est un camouflet pour les autorités qui, depuis 2019, ont multiplié les déclarations d’intention sans jamais enclencher la phase opérationnelle. Dès le lendemain de l’incendie, le gouvernement avait promis une remise en état rapide . Puis, le président Paul Biya avait donné des instructions fermes pour la modernisation . Aujourd’hui, en 2026, le constat est accablant : la reconstruction n’a pas commencé, et le gouvernement se retrouve contraint de revoir sa copie sur des points fondamentaux.
Le ministre Louis Paul Motaze a tenté de sauver la mise en promettant une analyse approfondie des recommandations . Il a rappelé « la douleur » traversée par la nation et l’urgence de restaurer la souveraineté énergétique . Cependant, les investisseurs, qui ont exigé un renforcement des garanties juridiques et une clarification du schéma institutionnel , pourraient se lasser de ces atermoiements.
Le Cameroun à la croisée des chemins
En clôturant ces assises, Louis Paul Motaze a ouvert la phase de levée de fonds. Mais les réajustements imposés par le marché (période de grâce, révision des risques de change) montrent que le Cameroun part de loin.
Loin d’être une simple consultation technique, ce Market Sounding a été un révélateur des carences du gouvernement : un manque de vision à long terme, une gestion de crise approximative et une incapacité à structurer un projet d’envergure pendant sept ans. Si le gouvernement ne parvient pas à répondre rapidement aux exigences du marché, le Cameroun risque de rester encore de longues années dépendant des importations, tandis que la flamme de l’espoir de la SONARA continuera de vaciller.
Edwige Christine Mekoui
