À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée ce 3 mai 2026, le Réseau des Patrons de Presse du Cameroun (REPAC) a publié une déclaration solennelle. Signé par son président national, François Mboke, ce texte d’une gravité rare dresse un constat sans concession : la liberté d’informer recule dangereusement au Cameroun.
« Aujourd’hui, nous célébrons cette journée avec gravité », écrit d’emblée François Mboke. Une gravité justifiée par deux faits marquants. D’abord, le Cameroun a perdu deux places au Classement mondial de la liberté de la presse, se retrouvant désormais au 133e rang sur 180 pays. Ensuite, le pays est « de plus en plus cité parmi ceux où les journalistes et les professionnels des médias travaillent en danger ».
Menaces, pressions économiques, agressions physiques, procédures abusives, insécurité dans les régions en crise… Le tableau brossé par le REPAC est sombre. « Trop de nos confrères exercent la peur au ventre. Trop de rédactions ferment. Trop de voix se taisent. » Face à cette situation, le réseau patronal ne mâche pas ses mots : « Il n’y a pas de démocratie sans presse libre. Il n’y a pas de paix durable sans journalistes en sécurité. »

Cette année, le thème mondial retenu par l’UNESCO est : « Un journalisme au service de l’avenir : façonner la paix par l’information ». Le REPAC s’en empare pleinement. « Quand la presse enquête, vérifie, donne la parole à tous et combat la désinformation, elle empêche les conflits. Elle construit la paix », souligne François Mboke.
En cette journée symbolique, le REPAC adresse trois appels distincts mais convergents.
Aux dirigeants du pays, d’abord : « Protégez les journalistes. Garantissez leur sécurité physique et juridique. » La liste des réformes attendues est précise : dépénalisation des délits de presse, aide publique adéquate à la presse privée, protection des reporters en zone de crise, et création d’un réseau de distribution de la presse. « Un Cameroun fort a besoin d’une presse forte », martèle le président du REPAC.
À la société civile et à l’ensemble des acteurs sociaux, ensuite : « Respectez le travail des journalistes. Le désaccord n’est pas une agression. La critique n’est pas un crime. » Une manière de rappeler que la liberté d’informer ne saurait être confondue avec un permis de nuire, mais qu’elle exige en retour la reconnaissance du droit à informer sans entrave.
Aux journalistes camerounais, enfin, le REPAC rend hommage. « Malgré les risques, vous servez chaque jour le droit du public à l’information. » Et d’annoncer l’engagement des éditeurs à continuer de former et de défendre les professionnels des médias.
La déclaration se conclut par une formule empreinte de détermination : « La paix ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle se construit avec une presse libre, responsable et protégée. » François Mboke réaffirme que le REPAC « prendra toute sa part dans ce chantier », avant de lancer un double vivat : « Vive la liberté de la presse. Vive le Cameroun. »
En ce 3 mai 2026, alors que les regards du monde se tournent vers les défis du journalisme, le message du patronat de la presse camerounaise résonne comme un cri d’alarme, mais aussi comme une main tendue. Reste à savoir si les autorités y répondront par des actes, à la hauteur de l’urgence démocratique.
Emmanuel Ekouli
