Berlin, Allemagne – Un homme de 39 ans s’est donné la mort lundi 27 avril 2026 à la gare de Jungfernheide à Berlin. Carlos Bogning Zefack, informaticien camerounais, s’est jeté sous un train ICE à 12h05, quelques heures exactement après que sa belle-sœur a envoyé une dénonciation aux autorités allemandes pour dénoncer sa situation de séjour irrégulier. Un drame qui ravive la douleur silencieuse des migrants en grande vulnérabilité.

Le parcours de Carlos ressemble à celui de tant d’autres. Quittant le Cameroun en 2021, il traverse la Biélorussie, la Lituanie avant d’atteindre l’Allemagne en 2023. Après quelques temps passés dans un camp de réfugiés à Eisenhüttenstadt (Brandebourg), sa demande d’asile est rejetée fin 2024. Il retourne alors clandestinement sur le territoire allemand et trouve refuge chez son frère cadet, à Bernau, non loin de Berlin.

Mais ce qui aurait dû être un abri se transforme en enfer. Selon plusieurs sources concordantes, sa belle-sœur, Daka Arimin Carine Laure, elle-même d’origine camerounaise, lui aurait fait subir durant huit mois des pressions et humiliations quotidiennes, menaçant régulièrement de le livrer aux autorités. Le dimanche 26 avril à 8h23, elle écrit à son mari : « Si je reviens et que je trouve encore ton frère là, je te donnerai un avant-goût de ce que ça fait de mettre ses menaces à exécution. »

Le lendemain matin, l’engrenage fatal s’enclenche. À 9h41, elle envoie sa dénonciation. À 10h07, Carlos adresse un courriel aux services d’immigration allemands. Moins de deux heures plus tard, il est sous les roues du train.

Carlos laisse derrière lui une épouse et trois enfants restés au Cameroun. Son frère, effondré, n’a pu que constater l’irréparable. « Elle savait très bien ce qu’elle faisait », confie un proche, sous couvert d’anonymat.

Ce suicide secoue la diaspora camerounaise d’Allemagne. Au-delà de la responsabilité individuelle de la belle-sœur, le drame expose une réalité trop souvent tue : la détresse psychologique des migrants sans papiers, invisibles pour les chiffres officiels, mais bien présents dans les salons, les canapés et les nuits sans sommeil. Les associations camerounaises sur place rappellent que la peur d’être dénoncé par les siens est un traumatisme supplémentaire, parfois plus meurtrier que l’éloignement.

Carlos n’est pas mort parce qu’il était loin. Il est mort parce que ceux qui auraient dû l’abriter ont choisi la délation. La justice allemande n’a pas encore communiqué sur d’éventuelles poursuites à l’encontre de la belle-sœur. Mais pour la diaspora, une leçon s’impose : le pire ennemi du migrant se trouve parfois à la même table.

Ndongo Tsala Christophe

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