Au crépuscule de cette phase inaugurale qui vient de s’achever dans l’écrin marocain, force est de constater que la 35eme édition de notre grand rendez-vous continental nous a offert un chiaroscuro footballistique des plus édifiants. Entre l’apothéose des augures et la déconfiture des présomptions, cette phase de poules a distillé son lot de sublimations et de désillusions, esquissant une fresque où l’orthodoxie tactique côtoie l’iconoclasme stratégique.

L’ossature hiérarchique du football africain a, dans son ensemble, corroboré les pronostics des exégètes. Le triumvirat Nigeria-Égypte-Algérie a pavoisé avec une maestria confondante, s’adjugeant la totalité de ses neuf rencontres et gravissant les échelons avec une implacabilité toute prussienne. Les Fennecs, galvanisés par les prestations diaphanes de Riyad Mahrez – véritable alchimiste du rectangle vert –, ont navigué avec une superbe insulaire : neuf points, six réalisations, zéro concession défensive. Un récital d’orthodoxie footballistique qui confine à l’hagiographie tactique.

Les Super Eagles, portés par l’ubiquité offensive du tandem Lookman-Osimhen, ont réitéré leur statut de prétendants légitimes à la couronne continentale. Quant aux Pharaons du Nil, emmenés par l’inénarrable Mohamed Salah, ils ont conjugué expérience séculaire et modernité athlétique pour asseoir leur domination dans un groupe B qui ne réclamait pourtant que sa soumission.

Le Sénégal et le Maroc, ces deux léviathans de la scène africaine, ont toutefois connu des fortunes contrastées. Si les Lions de la Téranga ont confirmé leur pugnacité intrinsèque, le royaume chérifien a vu son invincibilité – une séquence de dix-neuf victoires consécutives s’étalant sur vingt-et-un mois – s’effondrer face au Mali (1-1). Cette péripétie, loin d’être anodine, témoigne de la volatilité inhérente à ce sport où la constance n’est qu’une chimère éphémère.

Dans cette mosaïque compétitive, certaines nations ont brillé par leur capacité à transcender les expectatives. Le Mozambique, longtemps relégué au rang de faire-valoir continental, a émergé comme l’une des révélations de cette phase préliminaire. Les Mambas, sous la férule du pragmatique Chiquinho Conde, ont su allier discipline défensive et opportunisme clinique pour décrocher leur première victoire historique en Coupe d’Afrique des Nations et arracher leur qualification in extremis. Une prouesse qui réhabilite le mérite de la ténacité sur l’autel du talent brut.

Plus sidérante encore : la qualification anachronique de la Tanzanie, qui s’est frayé un chemin vers les huitièmes de finale avec un butin famélique de deux points – un record d’indigence depuis l’instauration du système de repêchage des meilleurs troisièmes en 2019. Les Taifa Stars ont ainsi incarné cette vérité footballistique selon laquelle la médiocrité arithmétique ne présage point nécessairement l’extinction des espérances. Un cas d’école qui aurait fait la délectation des casuistes du sport.

Le Bénin et le Soudan, malgré leurs performances erratiques, ont également arraché leur sésame pour la phase à élimination directe, démontrant que dans cette compétition, la persévérance et la parcimonie défensive valent parfois mieux que l’extravagance offensive.

À l’opposé du spectre, plusieurs formations ont sombré dans une médiocrité consternante. Le Gabon, nation jadis redoutable, a encaissé une double déconvenue qui l’a condamnée à un retour prématuré au bercail. Les Panthères ont exhibé une fragilité défensive pathologique, encaissant cinq buts en deux rencontres, dont une humiliation face au Mozambique (3-2). Une débâcle qui a contraint le président Brice Oligui Nguema à promettre des “décisions fortes” – euphémisme diplomatique présageant une refonte radicale de l’appareil footballistique gabonais.

La Guinée équatoriale, jadis bourreau mémorable de la Côte d’Ivoire lors de l’édition 2023 (victoire 4-0 qui avait précipité la démission de Jean-Louis Gasset), a connu cette année une traversée du désert : zéro point, zéro but marqué, une élimination ignominieuse qui contraste cruellement avec ses prestations séduisantes des précédents tournois.

Le Botswana, de retour après douze années d’absence, n’aura fait qu’une apparition fantomatique, accumulant trois défaites et une différence de buts catastrophique (-7). Une chimère qui s’est dissipée aussi vite qu’elle était apparue.

Le groupe F nous a gratifiés d’un duel homérique entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun au Grand Stade de Marrakech (1-1). Sous les regards circonspects de Kylian Mbappé, Aurélien Tchouaméni et Jules Koundé – observateurs privilégiés de cette joute –, les deux mastodontes africains ont livré une bataille d’une intensité tellurique. Amad Diallo avait ouvert le score pour les Éléphants, avant qu’une déviation fortuite de Konan n’offre l’égalisation aux Lions Indomptables. Un résultat qui illustre l’équilibre précaire qui caractérise l’élite du football africain, où chaque protagoniste peut à tout moment basculer dans l’hubris ou la déroute.

Au-delà des performances individuelles, cette phase de groupes a exhumé certaines tares systémiques. L’indiscipline chronique – symbolisée par l’expulsion du capitaine sénégalais Kalidou Koulibaly face au Bénin – continue de gangrener les ambitions des nations africaines. De même, l’inégalité flagrante entre les moyens financiers et logistiques des fédérations perpétue un déséquilibre qui transforme certaines rencontres en exercices de style plutôt qu’en véritables joutes équitables.

La profusion offensive (87 buts en 36 matches, soit une moyenne de 2,42 réalisations par rencontre) témoigne certes d’un spectacle palpitant, mais elle révèle également une porosité défensive préoccupante chez nombre de formations, incapables de conjuguer ambition offensive et solidité arrière.

Cette phase préliminaire nous a offert une synthèse fidèle du football africain contemporain : un kaléidoscope où cohabitent excellence et médiocrité, orthodoxie et improvisation, triomphe et désolation. Les favoris ont globalement tenu leur rang, mais les fissures apparues chez certains présagent d’une phase à élimination directe où toutes les audaces seront permises.

La Tanzanie avec ses deux points, le Mozambique avec sa première victoire historique, le Mali stoppant l’invincibilité marocaine : autant d’épiphanies qui nous rappellent que dans ce sport, l’imprévisibilité demeure la seule constance.

Désormais, place à l’arène des gladiateurs, là où les calculs cèdent le pas à l’instinct, où chaque seconde peut basculer dans l’éternité ou l’oubli. Que les dieux du football nous gratifient de huitièmes de finale à la hauteur de ces promesses.

Mireille Ngosso

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