Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, a réuni ce 9 avril 2026 la représentation diplomatique chinoise et les opérateurs aurifères pour un « dernier avertissement ». Objectif affiché : démanteler les unités illégales dans la région de l’Est. Mais pour les observateurs, ce n’est qu’un énième show médiatique destiné à masquer des années de laxisme, d’impunité et de promesses non tenues.
Encore une grande mise en scène. Encore une fois, un membre du gouvernement – par intérim, précise le communiqué – convoque la presse, brandit des menaces de démantèlement et impose des exigences draconiennes aux opérateurs miniers. Le Professeur Fuh Calistus Gentry, dont le titre même (par intérim) en dit long sur la stabilité des équipes dirigeantes, a donc présidé une « réunion décisive de sensibilisation » avec les Chinois et les exploitants locaux.
Saluons l’effort de communication : caution de 63 millions de FCFA, lavage à vase clos sous six mois, déclaration obligatoire des seuils de production. On rêve. On rêve surtout devant le fossé abyssal entre ces annonces solennelles et la réalité du terrain. Depuis combien d’années les ONG environnementales et la Société nationale des mines (SONAMINES) dénoncent-elles l’opacité financière et les désastres écologiques de l’orpaillage sauvage dans l’Est ? Depuis au moins une décennie. Et que fait le gouvernement ? Des réunions. Des avertissements. Des « dernières chances » qui se succèdent comme les ministres qui passent.
Car c’est bien là que le bât blesse : le manque de sérieux de l’exécutif n’est plus à démontrer. Promettre une mission de « démantèlement total » en présence de diplomates chinois, c’est élégant sur le papier. Mais qu’en est-il des faits ? Les unités illégales, souvent protégées par des réseaux d’influence locaux et des complicités au sein même de l’administration, continuent de fonctionner au vu et au su de tous. Le préfet de la région de l’Est peut-il seulement citer une seule usine fermée définitivement l’année dernière ? Le silence est assourdissant.
Pire que l’inaction, il y a l’effet d’annonce permanent. Chaque nouvelle crise – fuite de mercure, effondrement de galeries, conflits meurtriers entre creuseurs – donne lieu à une réunion solennelle, puis au classique « délai de six mois » pour se mettre en conformité. Six mois qui s’étirent en années. Les opérateurs peu scrupuleux l’ont bien compris : il suffit d’attendre que l’orage médiatique passe, de promettre des améliorations cosmétiques, et la machine à laver l’or reprend. Quant à la caution de 63 millions, dans un secteur où le manque à gagner fiscal se chiffre en milliards, c’est une plaisanterie.
Et que dire de la menace du SED (Secretariat d’État à la Défense) ? Les forces de l’ordre, déjà débordées par l’insécurité dans l’Adamaoua et l’Extrême-Nord, auraient-elles soudainement les moyens humains et logistiques de traquer chaque petite unité illégale dans la forêt équatoriale ? Les camionnettes manquent de carburant, les hommes ne sont pas payés à l’heure, mais on nous annonce un « démantèlement total ». Soit on prend les citoyens pour des naïfs, soit le gouvernement lui-même ne croit pas un mot de ses propres communiqués.
Le pire, dans cette comédie, c’est le prétexte affiché : « garantir que l’exploitation aurifère profite réellement au Trésor public et aux communautés locales ». Mais de quel Trésor parle-t-on ? Celui qui, depuis des lustres, ferme les yeux sur l’exportation frauduleuse d’or via des pays voisins ? Celui qui n’a toujours pas publié de rapport crédible sur les redevances minières réellement perçues ? Le citoyen camerounais, lui, ne voit que des rivières polluées, des villages dévastés par les creuseurs, et des fonctionnaires qui roulent en 4×4 flambant neufs achetés grâce à des « primes de risque ».
Alors, oui, la réunion du 9 avril 2026 fera une belle ligne dans les dépêches officielles. Le Professeur Fuh Calistus Gentry sourira pour la photo aux côtés des diplomates chinois – ces derniers sachant pertinemment que leurs compatriotes ne seront jamais vraiment inquiétés. Dans six mois, on nous annoncera un nouveau « dernier avertissement », une nouvelle caution revue à la hausse, un nouveau délai. Pendant ce temps, l’or coule, la terre meurt, et l’État continue de danser sur un volcan.
Le gouvernement camerounais n’est pas sérieux. Il ne l’a jamais été sur le dossier minier. Et cette énième pantalonnade ne trompe plus personne, sauf peut-être ceux qui ont intérêt à entretenir le cirque. Aux populations de l’Est, qui subissent chaque jour les dégâts d’une exploitation sans foi ni loi, on offre une fois de plus des paroles. Des paroles et une caution… virtuelle.
Emmanuel Ekouli
