Le candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2027 durcit le ton. Invité sur le plateau de LCI le lundi 20 avril, Bruno Retailleau a vivement critiqué la politique migratoire du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, qui s’apprête à régulariser près d’un demi-million d’immigrés sans-papiers. Face à cette mesure qu’il juge irrecevable, l’ancien ministre de l’Intérieur a appelé à isoler diplomatiquement l’Espagne, suggérant de la mettre « au ban des nations européennes ».
Une décision contraire à « l’esprit européen »
« On ne peut pas supporter la régularisation massive telle que M. Sanchez la fait. Ça n’est pas possible, c’est contraire à l’esprit européen », a déclaré Bruno Retailleau, affirmant que cette politique créerait un appel d’air inévitable pour les migrants. La principale crainte du patron des Républicains est de voir ces « 500 000 régularisés » franchir les frontières pour rejoindre la France, une fois leurs papiers espagnols en poche.
Le plan incriminé a été officiellement lancé par Madrid le 14 avril. À contre-courant des politiques de plus en plus restrictives appliquées sur le continent, l’Espagne a ouvert un processus de régularisation exceptionnel jusqu’au 30 juin. Selon l’exécutif socialiste, cette mesure vise à soutenir l’économie nationale, la quatrième de la zone euro, qui souffre d’une pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs clés comme l’hôtellerie ou la construction. Pour être éligibles, les candidats doivent prouver leur résidence en Espagne avant le 1er janvier 2026.
Un isolement diplomatique envisagé
Refusant cette politique de « régularisation massive », Bruno Retailleau a esquissé les modalités de sa riposte. « Je mettrais [l’Espagne] au ban des nations européennes », a-t-il insisté sur LCI. Cette mise à l’index passerait par la négociation au sein des instances européennes. Le candidat de LR compte notamment sur le basculement à droite de plusieurs exécutifs sur le continent pour faire pression sur Madrid. « Heureusement aujourd’hui l’Europe a changé, elle se droitise », s’est-il félicité.
Pour parer immédiatement à l’afflux redouté de migrants, l’ancien ministre de l’Intérieur prône également le rétablissement des contrôles aux frontières entre la France et l’Espagne, arguant que la situation constitue une « crise » autorisant un tel mécanisme, y compris au sein de l’espace Schengen. « Tous les pays, sauf l’Espagne et la France, ont adopté une législation beaucoup plus dure en matière d’immigration », a-t-il déploré.
Contexte politique tendu
Ces déclarations offensives interviennent au lendemain de la désignation officielle de Bruno Retailleau comme candidat des Républicains pour la présidentielle de 2027. Plébiscité par 73,8 % des adhérents du parti, le président de LR s’attèle à fédérer sa base sur une ligne sécuritaire et souverainiste. Il a d’ailleurs annoncé un grand meeting prévu le 20 juin prochain à Paris.
L’Espagne, rappelons-le, constitue l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, aux côtés de l’Italie et de la Grèce, en particulier via l’archipel des Canaries. Cette annonce de régularisation massive, la première du genre depuis 2005, risque de cristalliser les tensions sur la politique migratoire lors de la campagne présidentielle française à venir.
Emmanuel Ekouli
