Alors que George Gilbert Baongla était attendu devant la justice pour cyberharcèlement, l’arrivée fracassante de Maître Alice Nkom dans sa défense a inversé le rapport de force. En exigeant un test ADN incluant le président Paul Biya, l’avocate transforme un procès en plainte politique. Le « fils adoptif » devient un défi biologique. Le pouvoir peut-il refuser sans soupçon ?
C’est un tournant que peu d’observateurs avaient anticipé. Alors que l’étau judiciaire semblait se resserrer autour de George Gilbert Baongla, l’annonce de la constitution de Maître Alice Nkom pour sa défense a redistribué les cartes. Icône du barreau camerounais, connue pour ses combats sans compromis, elle vient de métamorphoser une simple plainte pour cybercriminalité en un dossier explosif où plane désormais le mot « secret d’État ».
La stratégie est aussi simple qu’audacieuse : la preuve par la science. En réponse aux accusations de diffamation portées par Franck Biya – après que Baongla l’eut qualifié de « fils adoptif » –, Me Nkom et son confrère Rufin Mayang exigent un test ADN impliquant trois personnes : George Gilbert Baongla lui-même, Franck Biya et le président Paul Biya. L’objet est clair : faire taire les rumeurs par la biologie, ou les confirmer par un arbitrage international.
Un dilemme cornélien s’installe alors pour le régime. Refuser le test, c’est laisser planer un doute que l’opinion publique interprétera comme un aveu. L’accepter, c’est soumettre l’intimité du sommet de l’État au verdict d’un laboratoire étranger, dans un pays où la sacralité de la fonction présidentielle n’a jamais été mise à nu de la sorte.
Derrière la bataille des prétoires, c’est une guerre de légitimité qui se joue. Cette offensive judiciaire survient au moment où le nom de Franck Biya circule avec insistance dans les couloirs du pouvoir pour une éventuelle vice-présidence. En attaquant la filiation biologique, Baongla ne vise pas seulement l’homme : il cherche à briser le narratif de la « succession naturelle » patiemment construit par des décennies de communication officielle.
Pour Franck Biya, dont la discrétion est la marque de fabrique, cette exposition est inédite. Ayant reçu l’aval paternel pour porter plainte, il se retrouve entraîné dans un feuilleton médiatique dont il ne maîtrise plus le scénario. Ses conseils, d’abord confiants, auraient été pris de court par la radicalité de la contre-offensive. Car exiger un prélèvement du chef de l’État, fût-ce par voie juridique, relève de la provocation absolue dans un système où la personne présidentielle est tenue hors d’atteinte.
Pendant ce temps, le prévenu principal reste introuvable. Actuellement à Los Angeles pour des raisons médicales, George Gilbert Baongla observe la tempête depuis les États-Unis. Paradoxalement, une interdiction de sortie du territoire a bien été émise par les autorités – mais après son départ. Cet imbroglio procédural, ses avocats comptent bien l’exploiter pour dénoncer une poursuite à charge ou, à tout le moins, une incompétence administrative qui fragilise l’accusation.
Le Secrétariat d’État à la Défense (SED) n’a guère apprécié l’escalade. Plusieurs convocations ont été adressées aux proches de Baongla, tandis que la direction de la surveillance du territoire (DST) intensifie ses « observations ». Ambiance de guerre froide judiciaire dans une capitale engluée dans l’attente : jusqu’où la justice camerounaise osera-t-elle aller ?
La question qui brûle les lèvres est désormais celle-ci : un tribunal peut-il ordonner un test ADN sur la personne du président Paul Biya ? En théorie, aucune disposition ne l’interdit formellement. En pratique, l’hypothèse relève de la science-fiction politique. Pourtant, en posant cette exigence, Alice Nkom a changé la nature du débat. Avant même tout jugement sur le fond, l’affaire Baongla est devenue un test de résistance pour l’État de droit camerounais.
Quelles que soient les suites judiciaires, le mal semble fait : le tabou de la famille présidentielle a volé en éclats. Sur les réseaux sociaux, les partisans de Baongla voient déjà dans cette demande d’ADN un acte de salubrité publique. Les soutiens du pouvoir crient, eux, à la « déstabilisation » et au « coup médiatique ». Une chose est sûre : avec Alice Nkom à la manœuvre, ce procès ne sera pas celui du silence.
La présidence, elle, observe avec attention. Aucun commentaire officiel pour l’instant. Mais dans les coulisses, l’entourage de Franck Biya cherche une issue discrète. Problème : la machine judiciaire, une fois lancée, ne s’arrête plus. Et si le parquet choisissait de classer l’affaire pour « raisons d’État », il faudrait alors assumer politiquement ce que beaucoup liraient comme une peur de la transparence.
En attendant, George Gilbert Baongla, depuis son exil californien, lance régulièrement de nouvelles piques via ses conseils. Lui qui risquait la prison pour cybercriminalité est devenu, en quelques semaines, le symbole d’une contestation inattendue : celle de la vérité biologique contre le récit officiel. Reste à savoir si les juges camerounais auront le courage de suivre la logique scientifique – ou s’ils reculeront devant la raison d’État.
Emmanuel Ekouli
