Professeure respectée et chercheuse reconnue, Émilienne Epée a choisi de quitter le confort académique pour se confronter aux réalités des communautés. Présidente de l’association Women in Neglected Tropical Diseases (WINs), elle incarne une génération de femmes qui relient savoir et action. Son combat est clair : faire de la santé publique une affaire de justice sociale et d’inclusion.
Une trajectoire académique tournée vers l’action
Émilienne Epée a longtemps formé des générations d’étudiants et publié des recherches sur les pathologies tropicales. Mais elle n’a jamais voulu se limiter aux amphithéâtres. Sa conviction est que la recherche n’a de sens que si elle se traduit par des solutions tangibles pour les populations les plus vulnérables.
En avril 2024, elle est aux commandes de la création de l’association Women in Neglected Tropical Diseases. Un réseau de femmes de science et d’action qui ont voulu créer un espace où les femmes deviennent actrices de la lutte contre les maladies tropicales négligées. Leur ambition est de briser les barrières invisibles qui maintiennent les femmes en marge des décisions médicales et des instances de gouvernance.
Le projet TAGUE SKIN NTDs
Deux ans plus tard, en avril 2026, l’association lance le projet TAGUE SKIN NTDs grâce au financement de la fondation Anesvad. Déployé dans les localités de Garoua Boulaï et Ndélélé, il cible les maladies de peau négligées comme l’ulcère de Buruli, la lèpre ou le mycétome. L’approche est inclusive et participative. Les femmes leaders communautaires sont formées pour devenir relais de prévention. Les campagnes tiennent compte des contraintes domestiques et des horaires quotidiens afin que les femmes puissent participer sans être pénalisées.

Genre et santé, un combat pour l’équité
Émilienne Epée insiste sur la nécessité de changer les perceptions. Les maladies tropicales négligées sont trop souvent perçues comme des fatalités ou des stigmates. Les personnes atteintes subissent l’exclusion sociale, ce qui aggrave leur vulnérabilité. Les communautés sont impliquées dès la conception des activités. Les leaders traditionnels et religieux sont associés pour légitimer les interventions. Les jeunes sont mobilisés à travers des campagnes éducatives et des activités culturelles.
Le soutien d’Anesvad est déterminant. En finançant le projet TAGUE SKIN NTDs, la fondation permet certes de couvrir les coûts logistiques, les missions de terrain, les formations et les campagnes de sensibilisation. De quoi aller vraiment au cœur des communautés. Mais, il serait d’ailleurs très intéressant que ce partenariat entre la fondation ANESVAD et WINs ne se limite pas à ce financement, qu’il permette à cette association ambitieuse d’étendre ce projet dans d’autres régions dites prioritaires dans le pays. Car, le besoin est criard !
Un leadership discret et efficace
Ce qui frappe chez Émilienne Epée est son style de leadership. Elle ne cherche pas la lumière médiatique. Elle préfère mettre en avant les résultats et les équipes. Son autorité repose sur la compétence et la constance plus que sur les discours. Dans le projet TAGUE SKIN NTDs, elle agit comme une médiatrice entre les chercheurs, les praticiens et les communautés.
Le projet TAGUE SKIN NTDs s’inscrit dans une vision plus large qui consiste à renforcer les systèmes de santé communautaires en intégrant les femmes et les populations vulnérables. Émilienne Epée espère que les acquis du projet serviront de modèle reproductible dans d’autres régions du Cameroun et au‑delà.
La trajectoire d’Émilienne Epée révèle une professionnelle qui incarne la jonction entre savoir académique et action de terrain. À travers le projet TAGUE SKIN NTDs financé par Anesvad, elle démontre, avec ses équipes, que la lutte contre les maladies tropicales négligées au Cameroun exige une compréhension fine des dynamiques sociales, des rapports de genre et des réalités communautaires. Son engagement rappelle une évidence trop souvent négligée. La santé publique est avant tout une affaire de justice sociale.
Baltazar Atangana
