FIFI 2026 – 8 mai 2026. Cinq jours, une quarantaine d’œuvres, quatorze nations représentées, un seul leitmotiv bantou : Ubuntu. Du 17 au 21 juin prochain, les Arcades Cinéma de Cannes accueilleront la cinquième édition du Festival International du Film et de l’Inclusion — événement aussi discret dans son déploiement médiatique que fulgurant dans ses ambitions humanistes.
Il est des festivals qui font du tapis rouge leur raison d’être. Le FIFI, lui, fait du tapis humain sa vocation. Depuis sa fondation, cet événement cannois d’un genre sui generis a pris le parti de ce que la programmation dominante ignore, oblitère ou euphémise avec constance : les corps neurodivergents, les vies d’aidants, les mémoires africaines, les voix de la diaspora, les dignités bafouées et les résistances silencieuses. En 2026, cette ligne programmatique irrévérencieuse s’arme d’une philosophie : Ubuntu.

L’énoncé bantouphone — « Je suis parce que nous sommes » — pourrait sembler sentencieux s’il ne trouvait, dans chacune des œuvres sélectionnées, une incarnation concrète et charnelle. Car le FIFI ne théorise pas l’inclusion : il la projette. Il ne proclame pas la mémoire : il la ranime. Et c’est peut-être en cela que réside son exceptionnel pouvoir de catharsis collective.
Un programme d’une densité thématique éblouissante
La semaine s’ouvre le 17 juin sur le thème du courage d’être vu — formule qui n’est pas sans résonance pour toutes celles et tous ceux qui ont dû revendiquer leur existence face à l’ostracisme du regard social. Elle entend pas la moto, documentaire d’une femme sourde retournant dans ses terres alpines d’enfance, donne le ton avec une pudeur qui touche à l’ineffable. Different suit : cent minutes d’une plongée dans l’introspection tardive d’une documentaliste dont la révélation identitaire emboîte sa révélation professionnelle dans un mouvement d’une troublante cohérence.
Le lendemain, les héros invisibles occupent l’écran avec une légitimité que leur dénie trop souvent le regard public. Erwiana, portrait d’une travailleuse domestique indonésienne à Hong Kong qui osa, seule, affronter ses bourreaux devant les tribunaux dans un procès historique, est peut-être l’œuvre la plus bouleversante de l’édition — et assurément l’une des plus nécessaires.
Le 19 juin est consacré à la neurodiversité. Autisme : Le Petit Chasseur de Fantômes explore l’imaginaire d’un jeune garçon autiste avec une tendresse lumineuse, loin des représentations victimaires qui parasitent ce sujet. Bienvenue en Islande, d’une densité narrative rare, démontre que la thérapeutique de l’eau et du mouvement peut parfois accomplir ce que la médecine normative décrète impossible avec sa morgue coutumière.
Le 20 juin convoque les voix des continents avec une effronterie géographique jubilatoire : Madagascar et ses rites funéraires où les vivants dansent avec leurs ancêtres (Hira Gasy) ; le Ghana réimaginant la visite transformatrice de Malcolm X en 1964 (When Malcolm Smiled). Et puis il y a NKOA — film d’animation martiniquais-gabonais d’une ambition proprement saisissante. Dans ce conte initiatique où un enfant de la forêt et une panthère mystique luttent pour l’équilibre du vivant, les arbres parlent comme des oracles et les ancêtres veillent comme des présences réelles. Rares sont les films d’animation qui touchent à cette profondeur tellurique.

Une clôture sous le signe de la paix et de la mémoire vive
Le 21 juin scelle le festival par une cérémonie tenant à la fois de la remise de prix et du rite mémoriel. Le Prix UBUNTU de la Mémoire Vivante sera remis aux frères Nick et Joe Pietroforte — 107 et 101 ans, vétérans de la Seconde Guerre mondiale, témoins charnels de l’alliance entre la France, l’Amérique et l’Afrique. Leur présence symbolique à Cannes est un défi lancé à l’oubli, une apostrophe solennelle adressée aux générations qui n’ont connu la guerre que comme métaphore rhétorique.
Cannes, mais autrement
Le FIFI se tient à Cannes, dans l’ombre lumineuse du Festival qui en a fait la capitale mondiale du septième art. Cette contiguïté n’est pas une concurrence : elle est une interpellation, presque une dialectique. Le FIFI pose, séance après séance, la question que l’industrie cinématographique mondiale tarde à formuler avec franchise : à quoi ressemblerait un cinéma qui ne laisserait personne au bord du chemin ?
Le festival ne prétend pas avoir la réponse. Mais il a, depuis cinq éditions, la persévérance de la poser avec une ardeur sans relâche.
« Ubuntu : je suis parce que nous sommes. Cette sentence, qui aurait pu n’être qu’une belle formule, devient ici, le temps d’une semaine, la grammaire d’un autre monde possible. »
En bref — CANNES FIFI 2026 · Festival International du Film & de l’Inclusion · Les Arcades Cinéma, Cannes · 17–21 Juin 2026 · Projections 13h00–20h00 · Réceptions 20h00–21h30 · www.franceusaintfilmfest.com · CannesFIFI@gmail.com · @cannes_fifi
Mireille Ngosso / mireillengosso4@gmail.com
/Communication CANNES FIFI 2026
Mireille Ngosso
