Yaoundé, le 8 mai 2026 – Le groupement de la Gendarmerie territoriale du Mfoundi, à Yaoundé, a servi de cadre ce vendredi à une présentation médiatique qui tenait autant du compte rendu judiciaire que de l’exutoire collectif. Cinq suspects, dont trois ressortissants chinois, un Tchadien et un Camerounais, ont été exhibés aux journalistes. Ils sont accusés d’avoir participé à la séquestration et à la torture de plusieurs employés camerounais au sein de l’entreprise Sinomart, une société basée dans la zone industrielle de Yaoundé.

La révélation des faits remonte à la semaine dernière, lorsqu’une vidéo amateur, d’une violence insoutenable, avait commencé à circuler sur les réseaux sociaux. On y voyait un employé, frappés à l’aide de câbles électriques par un individu qui serait un militaire camerounais, sous les ordres de contremaîtres chinois. L’image avait provoqué une onde de choc dans tout le pays, suscitant la colère des syndicats et une vive émotion parmi la population. « Je n’avais jamais pleuré devant mon téléphone, mais cette vidéo m’a brisé le cœur », confie Paul M., un habitant de Douala, écho d’un sentiment national.

Ce vendredi matin, les cinq hommes ont été conduits, encadrés par une vingtaine de gendarmes, devant les caméras. Le regard vide, vêtus de simples t-shirts, ils n’ont pas prononcé un mot face aux questions fusant de toutes parts. L’un des suspects chinois, visiblement plus âgé, aurait été selon des sources internes le ” superviseur ” des exactions. Le Camerounais, lui, serait un sous-officier de l’armée recyclé dans la sécurité privée. Le Tchadien, âgé d’une trentaine d’années, serait le chef de l’escouade qui a frappé.

Devant la presse, le Lieutenant-colonel Jean Alain Ndongo, Commandant du groupement de gendarmerie territorial du Mfoundi, a fait une brève déclaration : « Les enquêtes menées par nos services ont permis de rassembler des preuves matérielles et des témoignages concordants. Ces cinq individus seront présentés au commissaire du gouvernement dans les prochains jours pour répondre des chefs d’accusation de torture, séquestration arbitraire et complicité de coups et blessures ayant entraîné une infirmité permanente pour certaines victimes. »

L’arrestation des suspects, survenue mardi soir après une descente coup-de-poing, avait été saluée par le gouvernement camerounais qui a promis « une tolérance zéro ». L’ambassade de Chine à Yaoundé, très discrète depuis l’affaire, a finalement publié un communiqué dans la matinée affirmant que Pékin ne protégerait aucun de ses ressortissants ayant enfreint la loi camerounaise. Une déclaration qui n’a pas totalement apaisé les esprits, alors que des associations de défense des droits de l’homme réclament un procès public.

L’émotion reste vive dans les quartiers populaires de Yaoundé. Devant la gendarmerie, une petite foule s’était rassemblée aux aurores, scandant « Sinomart dégage ! »

Reste désormais à savoir si cette présentation devant le procureur marque l’aboutissement ou les prémices d’une longue bataille judiciaire. Pour l’heure, les présumés tortionnaires ont regagné leurs cellules sous haute surveillance, tandis que le Cameroun retient son souffle en attendant un procès qui devra, pour beaucoup, redonner foi en la justice nationale.

Paul Laurent Tchodjou

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