C’est un coup d’arrêt brutal pour la stratégie de reconstruction turque. Ce jeudi 16 avril 2026, World Athletics (la Fédération internationale d’athlétisme) a officiellement rejeté les demandes de changement de nationalité sportive de onze athlètes que la Turquie avait recrutés sur le marché international. Parmi eux figurent cinq médaillés olympiques kényans et jamaïcains, dont trois podiums des derniers JO de Paris 2024.
La décision, annoncée sans ambiguïté par l’instance mondiale, est un camouflet pour Ankara. Après un bilan désastreux à Paris – zéro médaille d’or et seulement trois brevetés sur la piste – les autorités turques avaient lancé une vaste opération de naturalisation accélérée. Objectif : briller à Los Angeles en 2028 en enrôlant des talents étrangers contre de généreuses compensations financières. Une politique de « mercenariat sportif » que World Athletics qualifie désormais d’incompatible avec ses principes fondamentaux.
Dans un communiqué, la fédération explique que son comité d’examen a estimé que cette campagne turque « ne respecte pas l’exigence de lien réel et substantiel entre le pays et l’athlète ». Pour mémoire, World Athletics ne se contente pas d’une naturalisation administrative : elle vérifie que le sportif a vécu, grandi ou s’est entraîné durablement sur le territoire du nouveau pays. Or, dans le cas turc, les dossiers montraient des recrutements « clé en main » sans ancrage local.
Parmi les recalés, des noms prestigieux. Côté jamaïcain : Rojé Stona, champion olympique du lancer du disque à Paris ; Wayne Pinnock, argent à la longueur ; et Rajindra Campbell, bronze au poids. Côté kényan : Brigid Kosgei, ex-recordwoman du marathon et médaillée d’argent à Tokyo 2021, ainsi que Ronald Kwemoi, argent sur 5 000 mètres à Paris. La sprinteuse nigériane Favour Ofili et l’heptathlète russe Sophia Yakushina sont également concernées.
Conséquence immédiate : ces athlètes ne pourront jamais représenter la Turquie en compétition officielle. World Athletics leur laisse toutefois une porte étroite : ils peuvent courir à titre individuel lors de meetings d’une journée ou sur des courses sur route, ainsi que sous les couleurs d’un club. Mais pas en équipe nationale, ni aux Jeux olympiques ou aux Championnats du monde.
La réaction turque ne s’est pas fait attendre. En mars dernier, Önder Özbilen, coordinateur des athlètes candidats pour LA 2028, défendait auprès de l’AFP une campagne « la plus humaniste jamais entreprise », arguant que ces champions allaient « attirer les talents locaux vers l’athlétisme ». Un argument que World Athletics a balayé : la réglementation vise précisément à « protéger la crédibilité des compétitions et à inciter les pays à former leurs propres talents ».
Ce rejet envoie un signal fort à toutes les fédérations tentées par le « tourisme de naturalisation ». Pour la Turquie, le coup est rude. À deux ans des Jeux de Los Angeles, sa quête de médailles repart de zéro. Quant aux onze athlètes recrutés, ils devront désormais composer avec une nationalité sportive suspendue entre deux mondes – sans jamais pouvoir défendre leur nouveau drapeau.
Emmanuel Ekouli
